jeudi 9 octobre 2008

On ferme !


Ce blog ferme aujourd'hui sa porte. Ce n'est pas de gaieté de coeur mais il faut se rendre à l'évidence : il est très difficile d'écrire sur son prochain lorsque celui-ci habite le même immeuble que vous. Au printemps dernier déjà, l'une de mes portraiturées m'avait demandé d'enlever les billets - pourtant gentils - que je lui avais consacrés. «En effet, me disait-elle, j'ai eu plusieurs remarques des gens du métier à ce sujet et je préfère garder mon anonymat quant à mon lieu de vie et à mon image». J'avais alors obtempéré mais sa demande avait été pour beaucoup dans l'interruption de l'été. Et, à peine venais-je de reprendre que XXXX, pour ne pas la nommer, la XXXX de XXXX, est entrée courroucée dans mon bureau, me parlant de l'illégalité (sic) de ce blog et me demandant, à son tour, de retirer tout ce qui les concernait, elle et son XXXX. Dont acte. Sans la description des personnages ordinaires et extraordinaires qui partagent le quotidien de cette cour, le 132 rue Saint-Maur au jour le jour n'a guère d'intérêt. J'arrête donc. Dans d'autres sphères, moins aimables, certains avaient trouvé à ce blog une anologie avec le Pays perdu de Jourde, cet écrivain passé à tabac par les habitants de son village après avoir lu la description peu flatteuse qu'ils faisaient d'eux. Ces remarques m'avaient fait sourire car il n'y avait aucune intention critique dans mes portraits, bien au contraire, je cherchais à chaque fois à peindre «mes» personnages sous un jour flatteur, même ceux que je n'aimais pas. Mais écrire cela, je le sais, est prétentieux, les mêmes y verront encore du mépris. Pour aller dans leur sens, je laisserai donc le mot de la fin à Pierre Assouline, qui, dans son commentaire de l'affaire Jourde, regrettait que les juges ayant condamné les agresseurs de l'écrivain n'aient pas reconnu que l'on pouvait «se sentir personnellement avili par un livre, surtout quand on n’en lit jamais et que l’on n’est pas préparé à considérer l’humour, le troisième degré, la talent dans l’indiscrétion impudique, l’exigence littéraire au détriment du tact élémentaire et l’amour vache d’un auteur pour ses personnages».